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(Re)travailler ensemble après le confinement

“Comme un lundi” est une capsule de quatre newsletters-fictions, complétée d’un atelier de partage. Ce format, lancé par le Maif Start Up Club, aborde des futurs possibles sous forme de fictions, racontées par des regards aiguisés sur les usages à venir. Son but n’est pas de prédire l’avenir, mais de poser des questions.
 

Cette fiction a été ecrite par Laetitia Vitaud, auteure et conférencière sur le futur du travail et de la consommation. Elle vient de lancer un média indépendant dédié à l’après-crise, intitulé Nouveau Départ.

 Récit du futur 

Un futur possible, inspiré par le présent, ses tendances et ses signaux faibles.  

 

 

Comme tous les premiers lundis du mois, Suzanne a rendez-vous avec son focus group pour tester la nouvelle version du jeu en ligne qu’elle est en train de développer. Son entreprise, qui s’est lancée comme des milliers d’autres dans la grande course des jeux sociaux, espère voir son produit rafler la mise cette année et emporter l’adhésion de millions d’utilisateurs. 

Pour rencontrer le succès, en général, il vaut mieux concevoir un jeu à forte dimension communautaire, un univers où tous les gens seuls — c’est-à-dire aujourd’hui une personne sur deux — peuvent se retrouver virtuellement, faire des rencontres, trouver des amis, des amoureux… Parfois, les utilisateurs vont jusqu’à décider de se voir « en vrai » après avoir échangé en ligne. Mais le plus souvent, après des heures d’une relation virtuelle, on n’arrive plus à franchir le pas. Trop tard, on est trop timide.

Ce matin, le focus group est composé exclusivement de personnes de plus de 80 ans. Elles se connectent de chez elles et discutent sur le forum audio. Quand on se plante avec les plus de 80 ans, on n’a aucune chance de faire un carton avec son produit. C’est pour ça que Suzanne a le trac. Elle se targue d’être une déesse du design. Ça fait déjà plus de deux décennies qu’elle conçoit des jeux qui plaisent à toutes les classes d’âge et réunissent jeunes et vieux dans un même univers virtuel. Si le focus group se passe mal, elle va en reprendre pour un mois de développement avant le prochain groupe…

Dans le monde des jeux, on ne parle plus de « silver economy ». Ça n’aurait plus tellement de sens puisque presque la moitié de la population a plus de 50 ans. On parle de « silver by design ». Si votre produit peut être utilisé facilement par les personnes les plus âgées, alors il peut être utilisé facilement par tous. L’idée, c’est que nous sommes tous vieux – certains juste un petit peu moins que d’autres. À la préhistoire du silver by design, une entreprise avait compris ça avant les autres, c’était Apple. Vous savez, à l’époque des iPads dans les Ehpad ?

Après quinze minutes sur le jeu de Suzanne, heureusement, les huit personnes connectées discutent avec enthousiasme des nouvelles fonctionnalités. Suzanne les a imaginées très intuitives. Et ça marche. Cinq personnes sur huit ont été séduites par l’option « plusieurs moi à des âges différents », qui permet d’exister dans le jeu avec différents avatars de soi-même à des âges différents. 

Pour être honnête, l’idée des avatars multiples n’est pas de Suzanne. C’est une entreprise d’assurance qui a un jour eu l’idée de proposer à ses assurés de faire s’assoir à la table plusieurs de leurs moi futurs. Quand on vit en moyenne plus de 90 ans et qu’on a une vie active qui dure plus de 50 ans, il est bon d’inviter quelques-uns de ses moi futurs à participer aux décisions qui ont un impact sur la santé ou les finances. C’est plus facile de trouver un bon équilibre, d’éviter de sacrifier son futur pour son présent, mais aussi de trop sacrifier son présent pour son futur. Pour développer cette fonctionnalité, Suzanne a donc travaillé en partenariat avec cette compagnie d’assurance. Suzanne adore jouer et discuter avec ses multiples avatars à elle. D’ailleurs, ce sont certaines des jeunes Suzanne (notamment la Suzanne à 9 ans) qui l’aident à conserver une âme d’enfant et à rester toujours aussi créative…



Qu'avez-vous pensé de cette fiction ?
Elle vous semble probable ?
Vous donne-t-elle envie ou au contraire, vous effraie-t-elle ?

Dites-nous en plus, de manière anonyme et en moins de cinq minutes ! 
Nous pourrons ainsi tirer un positionnement collectif pour chaque concept de cette fiction et faire de jolis graphiques
😁.
Mon avis sur cette fiction

 Décodage du présent 

Les tendances et usages qui passent de la marge au normal

 

La pandémie de COVID-19, et tout particulièrement le confinement, mettent en lumière la question démographique de manière brûlante. Parmi les personnes les plus exposées au virus et les plus vulnérables, il y a les personnes âgées. Par conséquent, plus les classes d’âge au-dessus de 60 ans sont nombreuses, plus la mortalité risque d’être élevée. La « vieille » Italie en a fait les terribles frais. Selon le degré de solidarité vis-à-vis des personnes vulnérables, chaque pays a mis au point des réponses différentes pour gérer la pandémie. Plus profondément, ce qui est en jeu avec ce degré de solidarité, c’est la qualité de notre système de santé et la pérennité de notre protection sociale. S’il y a une une chose que la pandémie nous aura montrée, c’est que la « Sécu » est un sujet d’avenir.

Nos populations vieillissent. Elles vieillissent vite. Si l’âge médian est aujourd’hui déjà supérieur à 40 ans en France, il s’approchera des 45 ans d’ici deux décennies. En 2050, plus d’un quart de la population sera composée de personnes âgées. Et les plus de 75 ans représenteront une personne sur six en France. (Voir cet article du Monde intitulé « En 2050, seulement un Français sur deux aura l’âge d’être dans la vie active »). On sait qu’il y aura demain de plus en plus de besoins de services médicaux, d’hôpitaux, d’infirmiers, mais aussi de soins, services et expériences de toutes sortes pour des individus qui resteront autonomes plus longtemps.

Le vieillissement signifie aussi qu’il nous faudra par défaut concevoir des produits, applications et services adaptés à des personnes plus âgées. Des infrastructures où les personnes en fauteuil ou en déambulateur peuvent circuler librement. Des outils et appareils adaptés à des personnes qui voient moins bien ou sont malentendantes. Ça tombe bien, tout le monde en profite ! Là, où les fauteuils roulants peuvent passer, les poussettes sont aussi bienvenues. Un design agréable et fluide, profite à tous. Seymour Papert, grand chercheur en IA au MIT, le disait très bien : « Nous sommes tous handicapés, même si c’est à des degrés différents. » C’est exactement cette idée-là qui tire l’innovation au MIT Media Lab. 

On a beaucoup parlé de « fracture numérique » pendant le confinement. Vivre sa vie en ligne quand on a du mal à utiliser les outils numériques, c’est particulièrement insupportable. Mais sans doute que cette « fracture » est aussi une fracture de design. Certains services, plus intuitifs, plus simples, mieux conçus, sont utilisés plus facilement par les personnes âgées. Ce n’est pas pour rien que les produits Apple séduisent les seniors. La « fracture numérique » est plus forte quand il s’agit d’utiliser des services administratifs ou bancaires en ligne que quand il s’agit de regarder une série sur Netflix !

Enfin, le confinement est vécu de manière très différente selon que l’on vit seul ou pas. Or, avant le COVID-19, la solitude était déjà la grande pandémie de notre siècle. Selon l’INSEE, ce sont 35% des ménages qui sont aujourd’hui composés d’une seule personne. Et cette croissance risque de se poursuivre. Parmi les personnes vivant seules, beaucoup sont âgées et souffrent d’une vraie « crise du toucher », c’est-à-dire qu’il peut se passer des semaines sans qu’elles soient touchées par un autre être humain. 

Toutes les « solutions » à imaginer devraient prendre en compte cette dimension, (re)créer du lien entre les générations, et nous aider à mieux nous projeter dans le futur. Car nous sommes tous vieux – certains un peu moins que d’autres.

Pour aller plus loin

🕹️ « Les ventes de jeux vidéo explosent avec le confinement », RTBF, 6 avril 2020 : le site de référence Games Industry identifie pendant le confinement une hausse de 63% des ventes de jeux vidéo dans 17 pays.
👩‍🦽« Handicap et numérique : plus d’autonomie pour tous », Medium, 2017 : « Plus on crée des nouveaux produits pour les personnes en situation de handicap, plus ces produits finiront par changer la vie de l’ensemble de la population. Après tout, nous sommes tous plus ou moins handicapés : sinon, pourquoi aurions-nous besoin de technologie ? »
🥺 “No hugging: are we living through a crisis of touch”, Guardian, 2018 : dans ce très bel article (en anglais), on explique que les humains se touchent de moins en moins et leur santé mentale est en péril pour cette raison.
🧪 “What I Learned During My “Sabbatical” at the MIT Media Lab”, The Creativity Post, 2012 : le laboratoire du Massachusetts Institute of Technology, à la pointe sur tout ce qui est intelligence artificielle, a pour grand principe d’innovation “disabled first, everyone afterward” (« handicapé en premier, tous les autres après »).

 Lundi dernier | Le debrief 


La fiction de la semaine dernière nous emmenait sur les questions du sens et des valeurs pol'intégration du travail dans le domicile avec deux focus sur la créativité et les collaborations ouvertes. Pour (re)lire, les épisodes précédents, ça se passe ici.

Trois concepts ont été évalués grâce à vos réponses :
  • La notation de l'utilité sociale par les consommateurs : cela donne envie pour la majorité et les avis sont partagés sur le fait que cela puisse se produire.
  • Un compteur de détravail pour s'extraire de la vie active : on assiste une fracture entre quelques convaincus et une majorité de sceptiques.
  • L'obtention de financements si les acteurs signent un contrat de valeurs : globalement, le concept donne envie et là aussi, les avis sont partagés sur le fait que cela puisse se produire.
Cette fiction a soulevée des questions, c'est le but ! Voici celle de l'un·e d'entre vous : "Valoriser les entreprises réellement engagées seraient une bon incitatif pour encourager à faire mieux. En revanche, quel garde fou instaurer pour éviter le value washing ?"

Dans le détail, voyons comment les concepts ont été perçus :

N'hésitez pas à nous donner votre avis sur la fiction d'aujourd'hui. RDV la semaine prochaine pour le debrief ! 
Mon avis sur la fiction d'aujourd'hui

 Dernier lundi - Atelier | 25 mai 


Nous vous donnons rendez-vous le lundi 25 mai entre 17h et 18h pour un atelier en ligne ! Pour clore cette capsule de fictions, nous reviendrons ensemble sur les concepts-clés et les changements que cela provoque chez nous et dans nos entreprises.

L'atelier sera animé par Thomas Ollivier du Maif Start Up Club et Matthieu Gioani du collectif Le Coup d'Après.

Pendant cette heure en ensemble, nous vous proposons de :
- Découvrir le design fiction
- Apprendre à structurer vos ressentis face aux futurs possibles pour définir votre futur désirable et probable
- Commencer à construire des premières actions pour avancer dans cette direction
 
Et nous aurons la chance d'accueillir des invités qui viendront enrichir l'atelier de leurs travaux et de leur point de vue : 
- Thomas Gauthier, professeur de stratégie à l'EM Lyon. Co-créateur du site  Prospective-technologique.ch
- Marion Desclaux, Strategic Service Designer, exploratrice des futurs du travail chez User Studio
- Catherine Lardy, directrice Innovation chez Inter Mutuelle Assistance (IMA)
 
Oui, je veux participer à l'atelier !

 Les futurs du 

 Maif Start Up Club 

 
 Thomas Ollivier, CEO Maif Start Up Club, Responsable Développement et Partenariats B2B MAIF


(Re)créer du lien entre les générations
 

Difficile pour des lieux comme le Maif Start Up Club de s’imaginer tout en distanciation, et ses membres en avatars digitaux reliés uniquement par interface. Le Maif Start Up Club, comme beaucoup d’autres lieux prônant l’interaction, la mise en situation, l’émulation, n’est pas, tout du moins pas encore, un empilement de container à projet accéléré personnel unique, tel que le décrit Jean-Michel Truong dans “Le Successeur de Pierre” où règne la Convention internationale Zéro Contact après qu’une pandémie ait décimé un tiers de l’humanité. 

Parmi les réflexions que peut amener notre expérience de la crise du Covid19, celle de l’interaction, du toucher, est sans doute l’une des plus personnelles. Cette crise nous projette, comme un roman d’anticipation, dans ce que peut être le quotidien d’une personne isolée, Covid or not Covid. Ce n’est plus seulement du design, c’est de la réalité augmentée “IRL”.

Les conclusions à en tirer sont encore difficilement formalisables pour un projet comme celui du Maif Start Up Club. Elles nous incitent cependant, spontanément, à deux réflexes.

Le premier réflexe est celui de venir nous appuyer sur notre conviction, celle que la recherche de l’intérêt du plus grand nombre et du long terme, de la résilience et de la durabilité, dans les modèles comme dans les relations, nous semble plus que jamais au centre des nouveaux mécanismes de création de valeurs. C’est probablement la meilleure façon de garantir une utilité sociale à l’entreprise et donc une force économique, en évitant de sacrifier son futur à son présent. C’est la vertu du temps long, à la fois en tant que moyen et comme objectif, qui nous conforte qu’aujourd’hui plus que jamais #ChaqueActeCompte.

Le second réflexe est celui de l’engagement, voire d’une forme de résistance. Les projets comme le Maif Start Up Club doivent exister. Ces lieux doivent être des carrefours d’idées, de profils, de projets. Et si la crise du toucher devait aussi devenir une menace pour ces lieux, c’est la source des solutions durables et innovantes face à nos défis qui pourrait se tarir. C’est donc avec beaucoup de détermination et d’optimisme, et surtout entouré, que nous veillerons sans cesse à “upgrader” le projet pour qu’il puisse continuer de se développer, et servir le futur de nos partenaires.

Ce que m’inspire Suzanne, c’est que savoir vieillir, en tant que projet, c’est savoir se développer. Pour savoir se développer, il faudrait pouvoir mettre sur la table les futurs-nous pour penser correctement l’innovation, jongler entre l’incrémentale ou celle de rupture, sans dogme ou sans fantasme. Penser comme Suzanne, penser “Silver by Design”, c’est peut-être sonner la fin des illusions de la disruption et des scale-up du court terme, finir d’opposer les indices de création de valeurs, ceux du monétaire à ceux du social.

Penser la création de valeurs du Maif Start Up Club par le silver by design, me ferait dire : “Les nouveaux modèles s’inventent ici et maintenant”, de façon à redonner l’importance à la fois au présent et au futur grâce aux vertus du temps long, du temps âgé.

Penser ici et maintenant à la puissance technologique, exponentielle et vertigineuse, en croisant les regards, ceux aiguisés et plissés avec ceux habités et éclairés, ça peut être pour tous les partenaires du Maif Start Up Club le moyen d’écrire son futur comme un roman d'anticipation autre qu’un Ravage… et voir le Maif Start Up Club comme un atelier d’écriture et de lecture, c’est quelque chose qui plaît au moi de 9 ans comme celui de 99 ans.
Comme Un Lundi est un format conçu par le Maif Start Up Club,
en partenariat avec Le Coup D'Après, collectif de design fiction.
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