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11 mars 2020

Bienvenue dans ce numéro #4 !

Souvenez-vous, nous sommes en novembre 2018 et le monde découvre, stupéfait et énervé, qu'un scientifique chinois avait édité le génome d'un futur bébé. Non seulement un tabou médical était brisé mais il imposait à l'Occident l'incroyable vitalité de la recherche

Au sommaire de ce numéro :

chinoise dans ce domaine et son avance irrémédiable en la matière.

Dans le même laps de temps, les Etats-Unis entamaient avec la Chine un bras de fer en imposant des restrictions commerciales importantes aux deux grandes entreprises chinoises de télécom, Huawei et ZTE et mettaient en place un contrôle plus strict sur les exportations en IA et d'autres technologies de pointe. 

La Chine fait peur à l'Occident. Longtemps puissance endormie, elle s'est réveillée, et pour paraphraser la célèbre formule de Napoléon, il aurait fallu la laisser dans sa léthargie. Toujours est-il qu'elle influence désormais notre imaginaire et est source à la fois de fascination et de crainte. Sa puissance s'impose au reste du monde et infléchit les décisions...

Aujourd'hui, une entreprise comme Auchan préfère s'allier avec le géant Alibaba quand Carrefour opte pour Google et Monoprix pour Amazon. Dans tous les cas, la Chine impose un nouveau calendrier, dans à peu près tous les secteurs. Reste qu'il y a un perdant dans tout cela, l'utilisateur, avec la fuite des données personnelles de part et d'autres. Et à la question, préférez-vous qu'elles soient utilisées, à votre insu, par les Chinois ou par les Américains ? C'est choisir, en fait, entre la peste et le choléra.

Bonne lecture !
 
-- Dominique
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Mais avant, le web c'était quand même mieux...


Vers une guerre des éthiques ?

 
La Chine est une des plus anciennes civilisations au monde et parfois, elle est considérée comme la plus ancienne en continu. Fort de ce constat historique, Sophie Boisseau du Rocher et Emmanuel Dubois de Prisque analysent dans leur ouvrage, au jeu de mot subtil, La Chine e(s)t le monde, l'ambition de ce pays de retrouver son lustre d'antan et de se positionner comme la première puissance mondiale.

Pour ce faire, le gouvernement chinois mobilise toutes les ressources, qu'il a à sa disposition, pour transformer les règles du jeu dans divers domaines, comme l'environnement, le droit, ou la recherche scientifique. L'Empire du Milieu ne cache pas sa volonté primordiale de remodeler le monde à son image et d'y extraire toute influence occidentale. Le Parti Communiste Chinois n'hésite plus à puiser dans la culture Han, qui elle-même s'appuyait sur l'harmonie confucéenne, remodelée à son tour par la vision rigoriste et légiste de Han Fei pour exporter dans le monde sa vision universelle. Depuis 2008, ce retour en force du vieux concept du Tianxia, sert de ligne directrice à la politique chinoise.

Les deux auteurs soulignent comment la Chine aborde le monde et l'ambivalence que ça suscite. Ce pays se considère, en effet, "comme le monde et en même temps, il doit gérer ses relations avec le monde, comme un Etat normal". Or, la Chine n'a jamais voulu jouer ce rôle d'Etat nation qu'on lui a imposé, au début du XIXème siècle.

Elle tente de renouer avec sa vision d'un ordre immanent collectif dans lequel l'individu joue un rôle mineur. Pour y parvenir, ils expliquent en quoi le fameux crédit social est son atout majeur. Forte de ses avancées technologiques (reconnaissance faciale, analyse big data, IA, réseau télécom), elle souhaite globaliser à sa population ce contrôle cette année. Cette folle ambition inquiète l'Occident car une fois réalisée (et il y a peu de doute que cela ne se fasse pas), ce système fera-t-il boule de neige ? Les auteurs s'inquiètent que la Chine impose, par ce biais, cette vieille antienne du bien et du mal, mais cette fois-ci selon ses préceptes... qui seraient bien loin des nôtres.

Est-ce une guerre des éthiques qui s'amorcent ? La promesse d'une gouvernance mondiale accompagnée d'un dépassement des égoïsmes nationaux est-elle si dangereuse que cela ? Met-elle vraiment en danger les biens communs de l'humanité, comme le soulignent les deux chercheurs ? Ou n'est-ce pas un argument facétieux par manque de connaissance de la culture chinoise ? 

L'espace, la nouvelle aire de jeu de la Chine


Les deux histoires se ressemblent... un peu. Une première tentative de lancement de fusée échoue, la deuxième et la troisième eurent le même résultat. C'est l'histoire de SpaceX et celle des premières tentatives chinoises. Depuis, on sait que l'entreprise d'Elon Musk a re-façonné l'industrie spatiale américaine, en relançant la conquête spatiale et en re-dynamisant le marché des fusées, grâce à une baisse drastique du coût de lancement.

Depuis quelques années, une nouvelle philosophie a vu le jour à laquelle seul.e.s quelques scientifiques et passionné.e.s ont prêté attention, il s'agit du New Space. Désormais, ce ne sont plus les grands organismes étatiques qui impulsent l'industrie spatiale mais les entreprises privées. 

Philosophie à laquelle... les Chinois adhèrent totalement en propulsant leurs propres start-up dans cette course. L'espace fait partie intégrante de la vision prospective de la Chine. L'effort consenti est important et tout azimut. Ils ne se contentent pas de financer un domaine particulier, mais bien tous les aspects de cette nouvelle conquête spatiale : réseaux et satellites de reconnaissance ; un nouvel outil de navigation et de repérage pour concurrencer le GPS ; les lanceurs de fusée, sans oublier la recherche spatiale et la construction de robots d'exploration. 

Ces start-up d'état ont pour nom iSpace, LandSpace et LinkSpace. Leur premier objectif est de construire des infrastructures dans l'espace, plutôt que de les amener de la Terre. La station orbitale chinoise devrait, à terme, servir d'atelier géant, pour déployer nano-satellites et autre télescope géant. 

Nous avons donc au-dessus de nos têtes un incroyable réseau russo-américano-sino-mondial qui observe la Terre, mais pas que. Certes, cet appareillage nous sert à montrer les ravages du réchauffement climatique sur notre planète, mais pas que. Cette nouvelle effervescence remet en perspective la politique spatiale que nous voulons et pose de nouvelles questions : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour explorer l'espace ? Et surtout pour quoi faire ? Mieux comprendre notre monde ? Miner de nouvelles ressources ? A qui appartient l'espace ? Est-ce un bien commun ? Doit-il être uniquement le fait de quelques Etats ? 

Des projets naissent pour réguler ce nouvel âge d'or. D'autres proposent comme le CNES de réfléchir à une éthique de l'exploration spatiale. Réflexions à laquelle la Chine n'est pas conviée, pour l'instant.

Peut-on déjà tirer un bilan des Nouvelles Routes de la Soie ?


L'année 2013 aura été un tournant majeur pour la Chine lorsqu'elle a révélé son ambition de construite de Nouvelles Routes de la Soie. Dans la mesure où elle lui conférait une dimension stratégique géopolitique sans précédent, elle s'éloignait de facto de la vision romantique qu'en avaient les Occidentaux.

Jugées par les mêmes, comme un projet fourre-tout et non rentable, il est cependant encore trop tôt pour tirer un bilan. Mais, rappelons tout d'abord ce que sont ces fameuses Nouvelles Routes de la Soie (One Belt, One Road / Belt and Road Initiative), elles reposent sur cinq principes fondamentaux :
  1. Coordonner les politiques
  2. Connecter les équipements
  3. Commercer sans entraves
  4. Faciliter l'intégration financière
  5. Partager les idées entre les peuples
Ils s'inscrivent dans une double modalité : terrestre et maritime. Rappelons que cette ambition géo-stratégique s'étale dans le temps, jusqu'en 2049.

Comme la Chine ne publie pas sa liste de projets B.R.I, on en est à supputer les premiers résultats :
  • Les NRS toucheraient 77 états en Eurasie et en Afrique,
  • C'est potentiellement 4,5 milliards de personnes,
  • 75% des ressources mondiales,
  • 30% du commerce mondial.
A l'heure actuelle, seul le principe 3 semble avancer à pas de géants, puisque la Chine a signé 19 accords de libre-échange dont 8 avec la zone B.R.I et 12 autres sont en cours de signature.

Pour entraver cette indéniable marche en avant commerciale de la Chine, les Occidentaux réagissent avec plus ou moins de fermeté. On sait que les relations entre Trump et le pouvoir chinois sont plus que tendues, les Américains tentant de contrecarrer tout ce qu'ils peuvent. L'image de l'Oncle Sam essayant d'endiguer la marée nous vient rapidement à l'esprit. Quant à l'UE ? Elle ne sait pas réagir en ordre de combat. N'ayant pas su bâtir une vision commune et une forte identité culturelle, elle peine à s'imposer dans ce nouvel ordre mondial que la Chine construit à coup de Yuans, d'intimidation et de séduction.
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