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#13
Dans ce numéro :
Le jour où Twitter a censuré Donald Trump
Les tergiversations de Mark Zuckerberg sonneront-ils la fin de Facebook ?
En bref


Nous avons tous conscience que nous vivons des moments historiques en cette année 2020 et même s'il est encore trop tôt pour l'analyser, les historiens auront de la matière à se mettre sous la dent, dans les années à venir. Elle a commencé par la sortie effective du Royaume-Uni de l'Union Européenne, puis la covid-19 a mis plus de la moitié de la population sous cloche et en ce moment, les Etats-Unis vivent un basculement historique suite au meurtre de George Floyd par un policier blanc. Et nous sommes qu'au mois de juin !

Depuis que les EU se sont embrasés, il est intéressant d'observer les prises de position, fortes ou pas, des diverses composantes de la société américaine, à commencer par les GAFAM et les Big Tech. Il est courant aux Etats-Unis de voir ces entreprises embrasser une cause sociale ou autre... du moins en apparence, car en réalité, c'est toute autre chose. Il est beaucoup plus intéressant d'observer l'attitude des deux grands réseaux sociaux que sont Twitter et Facebook, avec en focus ce fait majeur, que l'on peut qualifier d'historique, qui s'est passé sur Twitter : le réseau a masqué des tweets de l'actuel occupant de la Maison Blanche pour violations de ses CGU. Analysons ensemble la réaction de Facebook.

Bonne lecture !

-- Dominique
Ce tweet de Donald Trump a littéralement mis le feu aux poudres.

Le jour où Twitter a censuré Donald Trump


Le 27 mai dernier, une décision de Twitter nous a tous étonné.e.s. Pour la première fois de son histoire, le réseau social a décidé d'appliquer une de ses mesures sur lequel il avait communiqué pour combattre les fake news : taguer un tweet s'il promeut de fausses informations et en expliquer la raison. Il ne supprime pas le tweet mais le cache, l'internaute ayant tout le loisir de le lire ou pas. Makena Kelly détaille l'affaire dans cet article :

The label was imposed on two tweets Trump posted Tuesday morning falsely claiming that “mail-in ballots will be anything less than substantially fraudulent” and would result in “a rigged election.” The tweets focused primarily on California’s efforts to expand mail-in voting due to the novel coronavirus pandemic. On Sunday, the Republican National Committee sued California Gov. Gavin Newsom over the state’s moves to expand mail-in voting.

According to a Twitter spokesperson, the tweets “contain potentially misleading information about voting processes and have been labeled to provide additional context around mail-in ballots.” When a user sees the tweets from Trump, a link from Twitter is attached to them that says “Get the facts about mail-in ballots.” The link leads to a collection of tweets and news articles debunking the president’s statements.


Jusqu'à présent, Twitter, tout comme Facebook, se distinguait en la matière par une inaction totale. Ce revirement a donc surpris plus d'une personne, surtout lorsqu'il s'applique au plus haut dignitaire du pays et à son utilisateur le plus frénétique. Au pays où la liberté d'expression est une institution, protégée par le Premier Amendement de la Constitution, cette affaire place Twitter dans une inconfortable position, pour plusieurs raisons. La première est d'ordre éthique, elle place la plateforme comme un censeur et détenteur de la vérité. Est-ce le rôle d'une plateforme de fact-checker les dires d'un personnage public lorsque des journalistes font très bien ce travail ? La deuxième raison est qu'elle ouvre un débat sans fin sur la viabilité et la fiabilité de ce label. La troisième est la querelle bi-partisane qui va s'engager dans chaque camp pour réclamer le même traitement envers des adversaires politiques.

Et pourtant, Twitter ne fait qu'appliquer ses propres règles. En janvier dernier, le réseau a commencé à permettre aux utilisateurs de signaler les tweets qui contiennent des informations trompeuses sur la façon de voter. Aujourd'hui, il applique cette politique de manière équitable et relativement précise. Certains ont critiqué la conception et la formulation de l'étiquette actuelle : "Get the facts about mail-in ballots" ne signifie pas exactement "le président ment à ce sujet". Alors pourquoi cette décision met tout le monde mal à l'aise ? La réponse est en fait assez simple : sur un réseau social de l'importance de Twitter, la diffusion de fausses informations sera toujours un problème. Que Twitter veuille en limiter les débordements est un grand pas en avant, et on notera que la plateforme n'a pas censuré les autres tweets horribles de Trump, judicieusement pour ne pas s'aliéner une partie de la classe politique américaine, pour qui Twitter est devenu, leur outil de communication principal.
 

Les tergiversations de Mark Zuckerberg sonneront-elles la fin de Facebook ?


Mark Zuckerberg se doutait-il en 2005 que 15 ans plus tard, son réseau social serait au coeur de scandales et de polémiques incessantes ? 2 ans après Cambridge Analytica, Facebook a du mal à se défaire d'une image de plus en plus détestable et depuis la mort de George Floyd, elle ne s'est pas arrangée. En cause, les explications de Mark Zuckerberg pour ne pas appliquer les mêmes mesures de Twitter sur les posts du président américain. Depuis cette mesure, Facebook agonise littéralement sous les posts de Donald Trump, car ce dernier a décidé de cross-poster ses tweets sur ce réseau social et notamment, ce tweet "When the looting starts, the shooting starts", référence raciste explicite à un événement qui date de 1967.

En matière de politique contre les fake news, Facebook a pratiquement les mêmes que Twitter, mais à la différence de l'oiseau bleu, Facebook ne les applique pas.

Zuckerberg s'en est expliqué longuement dans un post. On retiendra notamment ce commentaire de Zuckie : "our position is that we should enable as much expression as possible unless it will cause imminent risk of specific harms or dangers spelled out in clear policies." Il précise que si Facebook n'a pas tagué ce post, c'est pour prévenir le public que Donald Trump n'hésiterait pas à recourir à la violence et deuxièmement, le président aurait ensuite, selon lui, quelque peu rétropédalé. Pour ces deux raisons, le post du président n'avait pas à être censuré d'une quelconque manière.

Le CEO de Facebook s'en est ensuite expliqué auprès de ses employé.e.s lors d'une visio-conférence. Et durant cette réunion il exprime son dégoût : "My first reaction … was just disgust; This is not how I think we want our leaders to show up during this time. This is a moment that calls for unity and calmness and empathy for people who are struggling." Pourtant, quelques minutes plus tard, il réaffirme que les propos de Trump ne violent pas les CGU de son entreprise. Ceci a eu pour effet immédiat de déclencher une vague de protestations sans précédent parmi les salarié.e.s de la firme américaine, plutôt réputé.e.s pour ne pas remettre en cause les décisions du chef. 

Ce lundi 2 juin, plusieurs ont fait part publiquement de leur profond désaccord avec cette décision et ce, sur le réseau rival, Twitter.

Depuis, Zuckie essaie tant bien que mal d'éteindre le feu qu'il a lui-même allumé. Une chose est, cependant, sûre : Donald Trump a réussi un coup de force en mettant Facebook dans la plus inconfortable des positions, celle de devoir rendre des comptes en permanence et à obliger son fondateur à mettre entre parenthèses, l'une des valeurs à laquelle il tient le plus : la liberté d'expression. Et ça, ça pourrait être le coup de grâce pour Facebbok.
 

En bref 

Google a placé des pubs sur des sites vantant des thèses conspirationnistes sur le coronavirus.
Une majorité d'Américain.e.s  approuve la décision de Twitter de taguer les tweets de Donald Trump
Dans un long thread, Judd Legum dénonce l'hypocrisie de Google et d'Amazon sur leur pseudo-engagement en faveur de Black Live Matters
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