Copy
Voir le communiqué de presse dans votre navigateur
COMMUNIQUÉ DE PRESSE


3 avril 2015


Braine-les-bains au Far-West

 

Un havre naturel menacé à Braine-l'Alleud

Depuis de nombreuses années, la commune de Braine-l’Alleud s’acharne à démolir un site naturel, foulant au pied la législation environnementale. Natagora tient à mettre en perspective le projet de «Paradis de la santé», enfer pour la biodiversité.
Revenons quelques années en arrière. Depuis des siècles, la « Zone humide du Paradis » se compose d’un ensemble de biotopes riches en biodiversité. On y retrouve des roselières, où gambadent notamment la grande aigrette, le râle d’eau ou la bécassine sourde. Des ruisseaux, des sources, de beaux milieux marécageux tels la mégaphorbiaie où s’épanouit la reine-des-prés. La Région Wallonne a d’ailleurs caractérisé la zone comme « Site de Grand Intérêt Biologique » (SGIB). Il s'agit d'un site majeur dans le réseau écologique local qui joue également un rôle de liaison avec d'autres sites semi-naturels voisins. Les Brainois connaissent ce havre de nature et certains viennent s’y ressourcer.
Mais les autorités communales successives semblent voir d’un mauvais œil ces milieux riches en biodiversité, et trop peu touristiques à leur goût. Elles rêvent de leur station balnéaire brabançonne, où l’on pourrait pêcher à foison et barboter en pédalo, sans oublier buvettes et crèmes solaires.

Commence alors une lutte de longue haleine opposant les autorités aux comités de riverains, associations environnementales et opposition politique. Faisant fi des réglementations en vigueur, la commune impose son parc de loisirs, du moins sur papier. En 2011, de fortes inondations frappent la région : Tubize est sous eaux du fait des crues du Hain et de la Senne. Bien que les causes majeures soient connues (urbanisation, agriculture intensive et suppression des garde-fous naturels), une idée « géniale » germe alors : créer une « Zone d’Immersion Temporaire » (ZIT) au Paradis, à la faveur de la manne providentielle des subsides provinciaux.

Aussitôt dit, aussitôt fait, « oubliant » toute concertation avec les habitants, la commune envoie ses bulldozers en juillet 2012 et lance ses travaux, entrainant la destruction de la majeure partie de l’aulnaie, de la mégaphorbiaie et de la roselière. Malgré le signal d’alarme donné par les riverains et les environnementalistes, les travaux se poursuivent dans le courant du mois de mai 2014. En pleine période de nidification, ils entraînent la destruction de nichées d’espèces protégées comme le Grèbe huppé et le Grèbe castagneux, sous les yeux d’ornithologues locaux et de riverains écœurés ! Voilà enfin parachevé ce morne plan d’eau rêvé par les édiles communaux. Pour couronner le tout, la commune déverse dans le plan d’eau 500 kilos de poissons fouisseurs (carpes, rotengles…) ; de quoi s’assurer un plan d’eau désertique où libellules et batraciens seront avalés dès le plus jeune âge. Un paradis ? Pour les pêcheurs, peut-être.
Croulant sous les injonctions, les plaintes et les avis défavorables, la commune se prend d’un tardif sursaut législatif et démocratique. Quoique… En 2014, puis début 2015, elle propose deux enquêtes publiques concernant son futur projet récréatif. Multipliant les contre-vérités (« le projet s’intègre dans une réflexion globale concernant la mise en valeur de ce site et de la zone verte en général en veillant à la conservation de sa qualité biologique », « le projet a un impact particulièrement positif sur la nature, les qualités biologiques seront améliorées de manière significative Â»), les enquêtes se basent sur la situation existante aujourd'hui, et servent surtout à légitimer a posteriori les travaux déjà réalisés. Exit, donc, les roselières, les aulnaies, les mégaphorbiaies et les espèces rares, n’en parlons même plus. C’est sur son étang de loisirs que la commune demande à ses citoyens leurs avis.

Natagora a donc réagi et fait part de son expertise. Comme en 2014 et comme bien d’autres avant nous. Une zone humide, comme l’était le site à l’origine, joue déjà par nature le rôle de « ZIT ». Il aurait suffi d’ériger une digue en aval pour en augmenter la capacité de rétention, plutôt que de creuser un gigantesque bassin qui n’a plus rien de « temporaire ».

Que réclamons-nous ? Une alternative existe et a d'ailleurs déjà été mise en avant. 
Elle prévoit une gradation dans la vocation des usages du site. Cette différenciation implique une subdivision du plan d’eau en 3 ou 4 étangs séparés, allant d’une destination récréative au sud (canotage, modélisme…) vers un plan d’eau semi-naturel au centre (pêche) et vers un plan non accessible à vocation naturelle au nord, avec une gestion plus ciblée pour chacun.
Cette alternative permet de mieux concilier les différentes fonctions d’un bassin d’orage, notamment la rétention des eaux de pluie et le tamponnement du débit de la rivière, mais également zone refuge pour la biodiversité ainsi qu'une zone de loisirs et de détente pour les habitants. 

Natagora s’oppose donc au projet tel que proposé et soumis à enquête publique. Nous demandons la remise en état du site ou, à tout le moins, l’adaptation des travaux d’aménagement afin d’assurer une protection durable d’une zone d’intérêt écologique, en vue de restaurer au maximum son intérêt biologique. Enfin, nous sollicitons la mise sur pied d’un comité de suivi et de gestion du site du Paradis, incluant les riverains et les associations de protection de la nature et nous portons candidat pour y participer.

L’occasion est bonne de mettre en avant également le dossier de la sablière du Foriest, une autre SGIB qui semble sur le point de prendre le même chemin. Cette ancienne carrière extrêmement riche du point de vue de la diversité des milieux et des espèces présentes semble sur le point de se transformer en « zone de dépôt de matériaux et centre de tri de déchets inertes » - entendez par là décharge. Les travaux ont d’ailleurs commencé… sans permis !

Il est passé le temps du Far-West où les décisions se prenaient derrière des rideaux fermés sans tenir compte de l’avis des citoyens et, plus fondamentalement, des législations environnementales. En 2015, il est temps de redonner à la concertation la place qu’elle mérite et d’arrêter de penser l’environnement comme un attrape-touriste, mais plutôt comme un bien immatériel, utile à la société dans son entièreté. Une vision à long terme de la protection de la biodiversité, en fait, voilà ce que réclame Natagora.
Présente dans tout l’espace Wallonie-Bruxelles, Natagora
possède de nombreuses réserves naturelles, réparties sur plus de 4.500 hectares. Le grand objectif de l’association est d’enrayer la dégradation de la biodiversité et contribuer au rétablissement d’un meilleur équilibre entre l’homme et la nature.

 
Copyright © 2015 Natagora, All rights reserved.


Désinscription   Mettre à jour votre profil

Email Marketing Powered by Mailchimp